thamourthiw

Thamourth, Algérie, cuisine traditionnelle, culture

Ibouafifane

Ce rite a le même objectif qu'anzar mais il se différencie de ce dernier dans la pratique. Lorsque la pluie se faisait rare, un groupe de jeunes décidaient de passer de maison en maison pour récupérer de l'aide en nature pour organiser une fête à l'occasion de laquelle on demandait à Dieu de faire reculer la sécheresse et de donner de l'eau source de vie des hommes, des animaux et des plantes.

  Auteur : Rachid Sebbah

A la rencontre du printemps

Le 29 février 2008, un vendredi pas comme les autres. Tous les enfants de Lemroudj, souvent accompagnés de leurs aînés ou de leurs parents, se sont levés de bonne heure pour aller à la rencontre du printemps.

 Les préparatifs ont commencé une semaine auparavant. Au niveau des familles, un budget spécial est dégagé, selon les moyens de chacun. Ce budget devait servir à acheter tous les produits nécessaires pour assurer une rencontre de printemps réussie, pleine de joie pour les enfants et leurs parents.

 Les mères de familles veillent à la préparation de la galette faite de semoule et de dattes écrasées dite lemberdja, d'œufs durs, etc. Quant aux pères, ils ont pour rôle d'accompagner leurs enfants chez un des marchands du village pour leur acheter chacun un petit coffin plein de bonbons, chocolat, fruits, jus de fruits, etc. La facture varie entre 300 et 1000 dinars.

 Donc, ce 29 février 2008, nous avons accompagné toutes ces de personnes partie à la rencontre du printemps. Par petits groupes, les enfants, couffins pleins de bonnes choses, se sont dirigés vers l'Est du village. Certains se sont installés en pleine forêt dite Thimaazal ougharaf, d'autres ont été un peu plus bas pour jouer au football sur un terrain de fortune improvisé.

 La forêt est boisée de sapins d'Alep, d'oliviers et bien d'autres espèces. Les enfants et leurs accompagnateurs se sont alors mis à déguster la galette aux dattes, les fruits et friandises que contenaient les coffins. Pour garder un bon souvenir de cette journée spéciale, nous avons pris de jolies  photos numériques.

 Profitant de la présence de certaines vieilles dames du village, venues avec leurs petits enfants, pour leur demander comment se faisait la rencontre du printemps au siècle dernier ?  Elles sont unanimes que c'est très différent de ce qui se fait aujourd'hui.

  Les mères de familles préparaient du couscous sans sauce, imbibé d'huile d'olives et contenant des morceaux d'une plante sauvage dite adhriyis et un peu de sucre.

 Quant à la rencontre du printemps, vielles dames et enfants, munis de binettes et de sacs, se dirigeaient vers les champs pour récolter des plantes que l'on mangeait crues ou après cuisons. Il n'y avait pas autant de dépenses pour les chefs de familles. D'ailleurs, dans les magasins, il n'y avait pas toutes ces friandises, fruits et jus ; les marchandises commercialisées se comptaient sur le bout des doigts.

 Qu'en pensent les uns et les autres ?

 Pour les jeunes, c'est normal ; il faut vivre son temps plein de joie et de bonheur.

Pour les parents, c'est des dépenses superflues qui dépassent leurs moyens. Mais, tous s'accordent qu'ils ne doivent pas refuser ça à leurs enfants. On fait comme les autres, disent-ils !

 Une chose est certaine, cette rencontre de printemps est un  moment inoubliable pour tous. C'est aussi un jour qui permet de rompre avec la routine et de procurer beaucoup de joie surtout aux enfants, eux qui en ont tant besoin. Alors, qu'ils en profitent maintenant avant qu'ils ne deviennent grands, responsables de familles et par conséquent redevables eux aussi envers leurs enfants qui, probablement, seront plus exigeants !

 Rendez-vous est pris pour le 19 mars prochain, fête de la naissance du Prophète Mohamed (que la Salut de Dieu soit sur lui). Ce jour là nous assisterons à Louziaa qui sera préparée pour la circonstance. Soyons nombreux  pour vivre des moments de joie collective tant nécessaire pour chacun d'entre nous, surtout pour les enfants.

  Auteur : Rachid Sebbah

Louziaa

C'est l'une des traditions qui survit encore au village Lemroudj. Elle  peut se  définir comme étant une manifestation de solidarité permettant de renforcer les liens d'unité entre les membres de la communauté et à procurer des moments de joie aux jeunes qui sont eux-mêmes appelés à la perpétuer.

La dernière manifestation de ce genre remonte au 29 mars 2007, date qui a coïncidé avec la célébration de la naissance du Prophète Mohamed (que le Salut de Dieu soit sur lui).

 Ce jour là, jeunes et vieux se sont rassemblés sur la prairie située au milieu du village et ont immolé trois bœufs achetés par le comité du village (Thajemaath) avec l'argent versé par chaque chef de famille en guise de contribution. L'événement est important aux yeux de tous d'autant plus que la dernière manifestation de ce genre remonte à environ 17 ans. Donc, les jeunes de moins de 20 ans ne savent vraiment pas ce que c'est ; il la découvre pour la première fois.

Etant présent à cet évènement, nous avons profité pour en prendre plus d'une centaine de photos numériques en souvenir de ces moments forts. Ces dernières ont été mises à la disposition de tous les citoyens  qui souhaitent développer certaines d'entre elles ou les visionner sur écrans. Elles peuvent également remplir les albums des amoureux de la photo et des nostalgiques de notre merveilleux village Lemroudj nathalkalf.

 Tous les habitants du village savaient que le 29  mars 2007 serait un jour de fête par conséquent, de bonne heure, ils se sont rassemblés sur la prairie tant pour contribuer activement aux travaux de préparation que pour contempler les gestes et mouvements de chacun et exprimer leur joie.

 Très tôt le matin, la foule ne cessait de s'amplifier ; les hommes chargés d'immoler les 3 bœufs ont ramenés ces derniers attachés par des cordes pour donner l'occasion à l'assistance de les contempler pour la dernière fois.

Pendant qu'ils s'attelaient à les immoler puis à séparer leurs peaux de la viande et couper cette dernière en morceaux, les vieux et les jeunes se racontaient de vieilles histoires ayant  ou non une relation avec la manifestation.

  Après que la viande ait été coupée en morceaux, elle est répartie en parts  égales de sorte à ce que chaque famille en reçoive une. La viande est déposée sur un tapis de branches d'un arbuste appelé ici  « Thilouguith » dont les propriétés médicinales sont connues de tous et très répandu dans la région, dont les propriétés médicinales sont connues de tous.

 Une fois toutes les parts prêtes, entourées de tous les participants, l'Imam du village lit la « Fatiha », sourate du Saint Coran, avant que le  responsable principal de Thajmaath n'appelle les bénéficiaires et ne les invite à prendre chacun la part qui lui revient.

  Après épuisement des parts de viande, il ne reste qu'à se séparer en se donnant rendez-vous pour la prochaine occasion ; car louziaa n'est pas une manifestation reliée à un événement précis ou à un jour de l'année préalablement défini. Elle peut avoir lieu à d'autres occasions telles que Laid Améziane (fête religieuse qui suit immédiatement le mois du Ramadhan – le jeûne), au lancement des travaux de construction d'une mosquée ou de la fin des travaux de cette dernière, etc.

 A préciser que les têtes des 3 bœufs immolés ont été mises à prix aux enchères et l'argent récupéré a servi à acheter de la viande chez un boucher pour l'ajouter à celle de Louziaa. Ces enchères sont l'occasion pour tous de rigoler un peu et de se faire des souvenirs inoubliables.

 A ce sujet, une fois, lors de Louziaa, une vieille dame avait demandé à son mari de lui ramener la tête du bœuf immolé et ce quel que soit le prix. Mais de peur que son époux n'accède à sa demande, elle prend la précaution de demander la même chose à Dahmane, un de ses proches. Au moment des enchères, il y avait au départ plusieurs personnes qui étaient intéressées ; mais au fur et à  mesure que le prix montait, les prétendants se retiraient un par un ; sont restés concurrents, le mari et le proche de la vieille dame. Ils ont continué à faire de la surenchère pendant un bon moment avant que le mari n'abdique.

  Le soir, en rentrant chez lui,  Da Slimane, époux de la vieille dame nommé Aadada, fût étonné de voir la fameuse tête de boeuf  chez lui et demanda alors à sa femme d'où provient-elle ? Elle avait répondu que c'est Dahmane qui l'avait ramenée à sa demande. En raison de sa grande sagesse, au lieu de s'en prendre à son épouse, Da Slimane éclata de rire et il s'est toujours souvenu de cette merveilleuse scène.

 Ainsi, Louziaa est d'un apport appréciable en matière de renforcement de liens entre les membres de la communauté et de l'ancrage de l'esprit de solidarité. Aux yeux des gens du village, ce n'est pas tant la part de viande qui est importante mais la joie de se retrouver tous ensemble. A cette occasion du mouloud du 29 mars 2007, beaucoup de personnes vivant hors du village ont été rencontrés ; certains d'entre elles ne sont pas revenus depuis longtemps ; d'ailleurs, Nordine, un cousin vivant en France, est venu spécialement y assister.

A noter que Thajemaath est le comité composé de notables du village, dûment mandatés pour gérer les affaires communes telles que louziaa, la construction et l'entretien de la mosquée, la réfection des fontaines, la distribution de l'aide aux familles  nécessiteuses, etc. Les notables qui le composent veillent à la stabilité au sein de la communauté villageoise et participent à la résolution de conflits qui peuvent surgir de temps à autres.

Le comité du village (Tajemaath) a réédité Louziaa le 19 mars 2008, à l'occasion de la célébration de la naissance du Prophète Mohamed (que le Salut de Dieu soit sur lui).

Comme en 2007, ce fût l'occasion pour les habitants du village Lemroudj Nathalkhalf de se rassembler et de manifester leur joie, de se raconter des histoires et de faire remonter à la surface les anciennes traditions et rites qui tendent à se faire oublier à cause du mode de vie actuel.

  Auteur : Rachid Sebbah

Thiwizi

C'est l'une des formes de manifestation de la solidarité au sein de la communauté villageoise. Elle consiste à se mobiliser tous pour aider une ou plusieurs personnes qui ont des travaux à faire et qui ne parviennent pas à les achever ou  ne peuvent pas les réaliser seuls. C'est le cas des moissons de blé et d'orge ou de pose de toiture d'une maison après que les murs soient construits.

  C'est aussi, un genre de volontariat auquel on recourait pour réaliser des travaux d'intérêt général (construction d'une fontaine, réparation d'une route, etc).

 Par le passé, Thiwizi était largement pratiquée. Aujourd'hui elle subsiste mais beaucoup moins qu'avant.

  On raconte, qu'au siècle dernier, une famille du village Lemroudj, propriétaire terrienne, avait fait appel à tous ceux qui voudraient l'aider à terminer les moissons à s'y rendre le lendemain sur ses champs de blé. Beaucoup de gens avaient répondu favorablement à cet appel et parmi eux un certain Chérif Oussidhoum, pauvre qu'il était, pour lui c'était aussi l'occasion pour manger à sa faim ce jour là.

  Après une longue journée de labeur en plein soleil de juillet, les participants à Thiwisi se sont retrouvés chez le dit propriétaire qui leur avait préparé un bon couscous avec de la sauce rougeâtre (colorée au piment séché et moulu) et beaucoup de navets provenant de son jardin.

  Le couscous enseveli sous l'épaisse couche de navets était difficile à atteindre. Chérif Oussidhoum, avait quand même essayé de percer la couche de navets, mais dit-il, ce n'était pas facile à faire, car à chaque fois que le couscous allait apparaître, le propriétaire faisait signe à son fils d'ajouter des navets dessus.

  Aussi, fatigué, Chérif pensait avoir trouvé la solution. Il avait dit à ses collègues qu'il allait s'adosser pour sommeiller un peu et leur avait demandé de le réveiller dès qu'ils auraient atteint le couscous enfoui sous l'épaisse couche de navets. Ils avaient tous éclaté de rire.

  Auteur : Rachid Sebbah

Adhebah

  C'est un rite qui se pratiquait en hiver pour demander à Dieu d'amoindrir la tombée de la neige et par conséquent, de réduire le froid et les difficultés qui y sont liées.

  En effet, lorsque la rigueur de l'hiver persiste, les habitants du village font égorger des animaux domestiques tels que coques et moutons. C'était une personne appelée Adhebah qui passe dans les quartiers pour égorger ces animaux dont la viande était mangée par leurs propriétaires et une partie était offerte aux pauvres.

  A noter que par le passé, la viande était un produit rare et de temps à autres on se permettait d'égorger un mouton pour satisfaire l'avidité des membres de la famille, des proches et des pauvres.

  Auteur : Rachid Sebbah

Anzar

   C'est un autre rite qui se pratiquait dans le passé. L'objectif de ce rite était d'invoquer Dieu pour lui demander de faire tomber la pluie et faire éloigner le spectre de la sécheresse.

  Une vieille dame appelé Saada nabraham, passait de maison en maison en répétant "anzar anzar atissou Rabie alma dhazar" (ce qui signifie "de la pluie, de la pluie et que Dieu arrose la terre jusqu'aux racines"). Lorsque la vieille dame arrivait devant chaque maison, les habitants lui déversaient de l'eau sur sa tête et lui remettait des denrées alimentaires, des épices, des légumes. Ces produits recueillis allaient servir à l'organisation d'une fête à laquelle participaient les habitants du village.

  Auteur : Rachid Sebbah

Sadaka

Il y a deux types de Sadaka. La première c'est l'offrande destinée essentiellement aux pauvres. La seconde c'est une offrande quelque peu spéciale, notamment à Lemroudj, puisqu'elle s'adresse toutes les personnes quelques soit leur situation sociale.

La Sadaka est une offrande de coucous avec ou sans viande. Elle est servie dans un grand plat en terre cuite d'argile (tharvouith) ou de bois (Lemterdh : plat en bois avec un pied ou bien akdhih : plat en bois sans pied).

Ce plat de couscous est généralement servi avant le coucher du soleil ; il est disposé sur la place publique du quartier où sont invités à manger adultes et jeunes.

Cela se fait à des occasions peu précises (à la mémoire d'un proche décédé, à l'occasion d'une fête religieuse, etc). Cette tradition subsiste encore.

Thassabaht c'est une autre forme de sadaka pratiquée à Lemroudj.

Thassabahth est offerte par les familles qui ont enregistré des nouveaux nés durant la période ayant précédé la fête de Laid améziane (fête religieuse clôturant le mois sacré du ramadan – jeûne).

Le plat de couscous, garni de viande et d'œufs durs, est servi sur la place de la mosquée, juste après la prière de laid. Les jeunes et les vieux se bousculent alors pour goûter à ce magnifique couscous. Ce jour là, le nombre de plats servis dépend de celui des naissances enregistrées et des moyens des familles concernées.

  Auteur : Rachid Sebbah

Lakhtaia

C'est un genre de restriction décidée par le comité du village (Thadjemaath) dès que les premières figues mûrissent.

  Avant la levée de la restriction, le comité désigne deux ou trois de ses membres pour faire le tour du village et demander à tous les hommes en âge de jeûner s'ils n'avaient pas cueilli de figues fraîches ou n'avaient pas vu d'autres le faire. C'était une façon de s'assurer du respect de la règle ainsi décrétée.

  On jurait en disant "Je jure que je n'ai pas cueilli de figues fraîches, je n'en ai pas mangé et n'ai pas vu d'autres le faire".

  Les contrevenants à la règle sont contraints à verser une amende symbolique dont le montant est fixé par le comité du village.

  Pour ne pas porter atteinte à  la dignité familiale, au cas où une dame aurait été surprise en train de cueillir des figues ou manger pendant la période de restriction, on s'abstenait de la désigner nommément et on payait l'amende à sa place sans que personne ne sache le nom de la contrevenante. Les membres du comité du village ne cherchaient pas à savoir de qui il s'agissait.

 Sanctionner n'est pas le but de cette restriction ; mais c'est une manière de recommander à tous les habitants du village, quelque soit leur âge, de s'abstenir de cueillir des figues fraîches ou d'en manger pendant une période très courte. Cette restriction est levée dès que le comité du village estime qu'il y a suffisamment de figues mûres pour que tous les habitants puissent cueillir et en manger à leur guise.

  A l'époque, les jeunes voyaient mal l'imposition d'une telle restriction ; mais au fonds, elle était très utile car c'était un signe de solidarité entre les familles propriétaires de figuiers et celles qui n'en avaient pas du tout ou très peu. C'était aussi une manière de protéger les figuiers de la cassure de branches à cause de la cueillette sauvage d'une figue difficile à atteindre.

  Qu'en est-il de nos jours ? Cette pratique a complètement disparu avec le nouveau mode de vie. On applique la devise "Chacun pour soi et Dieu pour tous". Par ailleurs le nombre de figuiers a beaucoup régressé par rapport à il y a 10 ou 20 ans.

  Pour rappel, le figuier est, comme l'olivier, l'arbre fruitier le plus adapté pour la région ; mais il est aussi très exigeant en matière d'entretien (labours, taille, pollinisation, etc).

  Le manque d'entretien des figuiers a non seulement réduit leur nombre mais a aussi diminué de beaucoup leur rendement. Par le passé, les habitants du village couvraient très largement leurs besoins en figues et ils exportaient de grandes quantités notamment vers la France et l'Europe. Aujourd'hui la production tend vers zéro à tel point que les exportateurs d'hier, ne trouvent plus de figues à se mettre sous la dent en pleine période d'automne.

  Autrefois, la production de figues était très importante ; leur cueillette et leur séchage constituaient deux activités principales pour la quasi-totalité des familles et de leurs membres.

  Les enfants s'occupaient du ramassage des figues qui tombaient des arbres ou que les adultes faisaient tomber en utilisant des gaules. Les adultes s'attelaient à faire tomber les figues mûres et à les faire sécher. Chaque matin, très tôt, les vieux de la famille faisaient le tri des figues ; ils ramassaient celles qui étaient sèches et les emmagasinaient. Quant aux autres figues qui nécessitaient un peu plus de temps pour sécher, ils les rassemblaient en vidant certaines claies (thidanchine, thidanchate au singulier) pour en remplir d'autres. Les claies vidées serviraient à accueillir les figues nouvellement cueillies et à mettre à sécher.

  Une claie est une planche localement fabriquée, souvent par les producteurs de figues eux mêmes. De forme triangulaire avec bordures ; elle est facile à transporter d'un lieu à un autre, même pleine. Elle est faite avec les tiges (Izagti) d'une plante appelée idhlas.

  Parfois, lorsque toutes les claies étaient pleines, notamment quand la récolte était bonne, on avait recours à d'autres moyens tels que l'aménagement de parcelles rectangulaires ou carrées pas trop larges pour faciliter le tri. Ces parcelles de terrain étaient recouvertes de branches d'une plante appelée en kabyle "Thilouguith".

  A noter que lorsque la pluie approchait, les membres de la famille se mobilisaient pour ramasser rapidement toutes les claies en les plaçant les unes sur les autres et on les recouvrait afin d'éviter que les figues ne se mouillent. Quant aux parcelles pleines de figues, on les recouvrait aussi et on les protégeait des éventuels ruissellements des eaux de pluies.

  C'était une belle époque où les figues constituaient un appoint de nourriture et une source de revenu financier appréciable. Les figues fraîches étaient consommées chaque matin ; souvent, elles remplaçaient le café ou le lait. En hiver, il  n'y avait pas de foyers dépourvus de réserves de figues placées dans des jarres en terre cuite appelées ikhoufane (Akhoufi au singulier) ou Thikhoufathine (Thakhoufith au singulier). La capacité de la jarre dite akhoufi est parfois le double ou le triple de celle de la jarre appelée Thakoufith.

  Donc, en hiver, les membres de la famille mangeaient chaque jour une quantité de figues sèches qui leur permettait de supporter davantage le froid d'une part et de réduire la consommation de céréales d'autres part. Les figues étaient mangées avec de l'huile ou du petit lait ou bien telles quelles.

   Les revenus financiers rapportés par la vente des figues sèches servaient à s'acquitter d'abord des lourds impôts exigés par l'administration coloniale ; le reste permettait d'acheter des produits de première nécessité.

  En effet, l'administration coloniale qui n'était d'aucun apport positif pour la population du village imposait lourdement ces derniers et ceux qui ne pouvaient pas payer de tels impôts se voyaient sanctionnés par le Caid (l'administrateur civile autochtone) et les gendarmes qui l'accompagnaient.

  On raconte qu'un jour, un  nommé Chérif Oussidhoum n'avait pas payé d'impôts. Le Caid, en présence des gendarmes et de certains habitants du village, lui ordonna de verser la somme due, séance tenante, sans quoi il jettera parterre les tuiles de sa maison. Chérif, n'ayant pas les moyens pour payer et très courageux, lui répondit que s'il touchait aux tuiles de sa maison, il ne se laisserait pas faire. Pour atténuer la surenchère, un notable du village s'adressa à Chérif en lui disant : "Le Caid  te frappera  comme il pourra le faire avec n'importe lequel d'en nous". Chérif lui répondit : "Il te frappera mais pas moi".

  En effet, le courageux Chérif sort vainqueur puisque lui et sa maison n'avaient subi aucun dommage. Le bien avait vaincu le mal.

   Il fallait du courage et beaucoup d'audace pour tenir tête au Caid et aux gendarmes. Mais l'injustice de l'administration coloniale était à son paroxysme à cette époque et de ce fait, certains habitants n'avaient pas d'autres alternatives que de s'y opposer plutôt que de se soumettre puisque le prix à payer était lourd (confiscation de biens ou emprisonnement).

  Auteur : Rachid Sebbah

Thagharvalt

Thagharvalt est un tamis plein de bonnes figues sèches, de grenades bien choisies pour la circonstance, de glands, etc. Le propriétaire terrien qui allait entamer les labours ramenait Thagharvalt sur les lieux où devait être donné le coup d'envoi des premiers labours. Ce jour là, les passants étaient alors invités à venir goûter ces produits pour la baraka en demandant à Dieu de fructifier davantage les biens du propriétaire et en lui souhaitant une récolte prometteuse.

  De nos jours cette pratique a complètement  disparu, du moins au village Lemroudj et beaucoup de jeunes ne savent même pas qu'elle avait existé. Pire encore, on n'y retrouve même pas une paire de bœufs pour les labours. Pour retourner la terre et semer, les agriculteurs ont recours soit au tracteur soit au travail à la pioche ou au crochet.

  Auteur : Rachid Sebbah

Boussaadia

En effet, il y a des mois que nous n'avons pas vu Boussaadia à Lemroudj.

La semaine dernière, début juin 2009, deux hommes, l'un jouait du tambour et l'autre de la cornemuse (type d'Afrique du Nord) ont sillonné les ruelles du village, s'arrêtant devant chaque maison pour jouer des morceaux de musique traditionnelle.

En effet, hommes, femmes et surtout les enfants, ont bien apprécié la venue de Boussaadia et sa prestation de musique. En contrepartie, ils ont reçu un peu d'argent, de l'huile d'olives, etc.

Boussaadia fait partie des traditions de la région de Draa Kébila. Au début de chaque été, il fait son apparition à la grande joie de tous.

  Auteur : Rachid Sebbah

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